Celle que je suis

Années quatre-vingt, Tokyo. Yûji Manase est étudiant. Mais il vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie…

Titre Original : Kono Koi ni Mirai wa nai
Titre Français : Celle que je suis
Auteur : MORIHASHI Bingo & KOKO Suwaru
nbr. volumes en France : 2
nbr. volumes au Japon : 2
Année de Parution : 2016
Editeur : Akata

Akata est un éditeur défendant ses convictions à travers sa ligne éditoriale, et il le prouve une nouvelle fois avec un titre présenté comme traitant de transidentité. Un titre qui me pose plusieurs problèmes, et qu’en même temps, j’aurais voulu défendre en raison du thème affiché. Mais disposer d’un message important ne dispense pas pour autant d’écrire une histoire intéressante. Plus grave, le message véhiculé par ce manga s’avère finalement difficilement défendable.

Ce qu’il convient de souligner dans un premier temps, c’est que contrairement à ce que la communication de l’éditeur peut suggérer, il ne s’agit pas d’un manga sur la transidentité. Si Yuji, personnage en questionnement quant à son genre, est effectivement celui par lequel nous découvrons l’histoire, et qu’il s’agit du principal protagoniste dans le premier tome, cela devient beaucoup moins vrai par la suite, avec un second tome qui donne la part belle à trois autres membres de son club universitaire. Membres qui ont chacun leur parcours, leurs tourments, et des décisions à prendre, et dont le portrait croisé constitue sans doute le point fort de ce manga. Cette mise-en-avant de ses camarades se fait au détriment de Yuji, ce qui s’avère bénéfique puisque le second et dernier tome, où elle apparait moins, m’aura bien plus intéressé que le premier, que j’avais trouvé particulièrement froid (à tel point que j’aurais abandonné la série à ce stade si elle avait duré plus de deux tomes). L’ancienne héroïne se trouve dès lors reléguée au rang d’éléments parmi d’autres dans cette histoire, et avec elle les thématiques trans. Cette évolution se fait donc pour le meilleur, mais met fatalement à mal l’annonce d’Akata centrée quasi exclusivement sur le sujet de la transidentité.

Mais à postériori, le véritable souci reste le traitement de ces thématiques trans. Que la série se déroule dans les années 80 ne sert probablement pas à grand-chose, sinon à limiter les sources d’information potentielles sur la transidentié auxquelles Yuji pourrait avoir accès. Du soutien, elle en trouvera auprès d’une tenancière de bar, qui parait très mal vivre sa propre transition – qualifiant au passage de « monstrueux » le corps des femmes trans – et découragera une héroïne qui apparemment n’attendait que cela. En tant que personnage, elle a évidemment le droit de penser cela, d’avoir un vécu qui la pousse à tenir de tels propos.

Seulement, cela pose au moins deux problèmes. Le premier, c’est qu’il s’agit du seul point de vue sur la transidentité véhiculée par ce manga ; un corps d’homme ne sera jamais celui d’une femme (sachant que la transidentité n’est abordée que sous l’angle du physique), et les femmes trans ne peuvent compenser qu’au moyen de robes et de maquillage. Le second problème, c’est qu’il est vendu comme un manga sur la transidentité par un éditeur connu pour son engagement politique et social, et qu’il a donc toutes ses chances de toucher un public concerné par les questions liées à la transidentité. Un public qui ne devrait pas être confronté à ce seul discours pessimiste, ne faisant que renforcer des stéréotypes sur la transition. Cela aurait été bien plus pertinent si plusieurs visions avaient été confrontées dans ce manga, mais ce n’est pas le cas.

Celle que je suis propose une histoire peu passionnante malgré un regain d’intérêt dans le second tome, mais souffre surtout d’être vendu pour ce qu’il n’est pas : un manga sur la transidentité. En cela, il s’agit d’un échec.

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