Le Rayon U

Des scientifiques norlandiens partent en expédition pour trouver de l’uradium, un nouvel élément chimique aux capacités prometteuses. Mais ils se trouvent rapidement confrontés à des agents ennemis, qui veulent à tout prix mettre la main sur l’uradium avant eux.

Série : Le Rayon U
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Auteur : Edgar P. Jacobs
Année de Parution : 1943
Éditeur : Éditions Blake et Mortimer

A force de ne parler que de Blake & Mortimer, nous aurions peut-être tendance à l’oublier, mais Edgar P. Jacobs ne fût absolument pas l’homme d’une seule œuvre. Nous pouvons même dire qu’il possède un parcours atypique, puisqu’il exerça comme chanteur d’opéra jusqu’en 1940, année où il rejoint l’équipe de l’hebdomadaire belge Bravo et commence sa carrière de scénariste / dessinateur. Plus tard, il allait devenir l’assistant de Hergé, malgré quelques conflits avec celui-ci, et à son tour un auteur à succès.

A la manière du journal français Junior, Bravo publiait aussi bien des illustrés américains que des productions locales pensées pour imiter les précédentes, très populaires. Mais l’invasion de la Belgique par l’Allemagne met fin à l’importation de planches américaines, notamment de Flash Gordon dont Edgar P. Jacobs est dès lors chargé d’écrire la suite et d’y apporter une conclusion satisfaisante. L’expérience tourne court au bout de deux semaines.

Qu’à cela ne tienne : en 1943 commence la publication, toujours dans Bravo, du Rayon U, œuvre de science-fiction empruntant largement aux archétypes de Flash Gordon. Nous y découvrons une expédition scientifique menée pour retrouver un mystérieux élément chimique d’une puissance extraordinaire, sur fond de guerre entre deux nations rivales. Nos courageux aventuriers seront confrontés successivement à des hommes singes, des créatures gigantesques, les descendants d’une civilisation proche des Incas, et au meilleur espion de l’ennemi. Un bestiaire folklorique qui pourra aujourd’hui nous paraitre à la fois kitsch et gentiment désuet, mais qui surtout témoigne d’une époque révolue.

Même si elle a été remaniée après sa première parution, changeant de format et gagnant la couleur pour ressortir dans le Journal de Tintin en 1974, Le Rayon U reste une œuvre de jeunesse. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est mauvaise, juste que son auteur souffre encore d’un manque de maturité en tant que scénariste. Le remaniement pour souscrire aux nouveaux impératifs de l’édition dans les années 70 peut aussi expliquer certains passages à la narration trop abrupte ; Edgar P. Jacobs a toujours été connu pour sa profusion de dialogues, là ils ne semblent employés que pour détailler de longues scènes dont nous ne verrons finalement qu’une seule image.

Si la lecture de cette œuvre datée n’est pas déplaisante en soi, Le Rayon U vaut surtout pour la place qu’il tient dans la bibliographie de Edgar P. Jacobs : un lecteur de Blake & Mortimer y trouvera les fondements de tous les futurs albums de l’auteur, à commencer par son couple vedette. Philip Mortimer semble bien inspiré du Professeur Marduk, scientifique de génie qui n’hésite pas à partir en expédition alors que nous l’imaginerions plus travailler dans un labo. Quant à son compère Francis Blake, il apparait comme un mélange de l’aventurier Lord Calder – nous noterons au passage la consonance anglophone alors que les personnages ne sont pas encore des sujets de sa très gracieuse Majesté – et du Major Walton. Comment ne pas trouver dans l’espion, le Capitaine Dagon, les prémisses du Colonel Olrick, ennemi juré de nos héros, à la fois dans les traits et la personnalité maléfique ? Enfin, nous pouvons citer Adji, serviteur enturbanné de Lord Calder, comme modèle pour le fidèle Nasir.

De là à dire que Le Rayon U ne vaut que pour les amateurs de Blake & Mortimer ? C’est réducteur, et d’un autre côté, pas si éloigné de la vérité. Nous pouvons voir cet album comme le témoignage d’une époque, où une science-fiction balbutiante rime avec grandes aventures, animaux sauvages, et territoires inexplorées, encore fortement attachée au Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne et au Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle. Une œuvre datée, désuète, mais non dénuée d’un charme certain. Néanmoins, ne nous y trompons pas : ce sont effectivement avant tout les lecteurs de Blake & Mortimer qui y trouveront leur compte, en tant que genèse de cette célèbre série. Pour les autres, cela restera au mieux une curiosité.

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